Big bazar
Si aujourd’hui ma silhouette est a peu près harmonieuse (j’ai bien dit « à peu près »), il n’en a pas toujours été ainsi. Et oui je suis ce qu’on appelle une « femme yo-yo »… Mes courbes ont été disons, plus ou moins généreuses avec les années ! Je ne vous apprends rien, la vie est faite d’injustices tout bonnement scandaleuses.
Alors que ma jeune sœur, qui vit à Mexico et à qui j’ai l’obligation d’adresser un très affectueux salut ainsi qu’à toutes ses copines, en hommage à la fidélité de la communauté franco-mexicaine à la lecture de mes récits burlesques (bonjour les filles !!! ça va là-bas ? pas trop dur le soleil, la plage, tout ça ?), alors que ma jeune sœur écervelée disais-je, (que c’est bon de savoir que tu ne pourras pas répondre à cette note puisque tu n’appartiens pas à notre belle communauté voxienne…) a eu le culot d’afficher au sein de la famille des mensurations de rêve dès son plus jeune âge, je me battais pour ma part avec une sorte d’incapacité de mon corps à bien vouloir se comporter en ami. C’est toujours sympa de se dire que dès le départ votre enveloppe physique et vous ne réussirez jamais à vous entendre…
Et oui, dès l’enfance, mes bonnes joues et mes cuissots rondelets me permettaient d’amortir les chocs de mes cascades téméraires (mais néanmoins inconsidérées) de petite fille un peu trop dynamique. Rien à voir avec le garçon manqué hein, déjà à l’époque je soignais mes bouclettes et les plis de mes robes, mais plutôt dans le style comment braver les interdits en gardant mine de rien un air beaucoup trop angélique pour être crédible. Bref, si le rembourrage de mes fesses d’enfant pouvait avoir un aspect plutôt pratique à l‘époque, il va sans dire que j’ai quand même rapidement cessé toute activité risquée au profit de jeux beaucoup plus calmes (comme le collage de photos de Madonna dans tous mes cahiers, ou la création de chorégraphies version lac des cygnes sur du Richard Clayderman) où le port de graisse superflue n’était alors plus du tout nécessaire.
Evidemment, au lieu de me laisser tranquille, ce corps rebelle a décidé vers l’adolescence de me doter de seins plutôt généreux (une révolution dans la famille où les femmes arborent des torses en planche à pain de mère en fille) et de hanches à la Sophia Lauren. Je ne parle pas de mon arrière train qui lui, ne risquait pas de me laisser tomber. Dépitée à l’idée de ne pas ressembler aux filles qui avaient l’air de remporter tous les suffrages au lycée, je me défendais en faisant de mon visage une réplique de bonbon anglais où les dégradés de rose et de vert rivalisaient d’inventivité (au passage, merci Maman de m’avoir laissée sortir comme ça, la honte…). Un jour où l’expression « grosse vache » était sortie de la bouche d’un garçon emblématique pour arriver jusqu’à mes oreilles, j’avais finalement décidé d’employer toute mon énergie à lutter contre cet ennemi décidément bien embarrassant qu’était mon corps en plein épanouissement de toute sorte.
C’est à partir de là que je me suis mise à devenir une spécialiste de tous les régimes draconiens, crèmes miraculeuses et autres pilules aux algues immondes ou au pancréas de porc, sans parler des instruments de torture genre gant de crin ou masseur de cellulite électrique qu’on paie une fortune. Malgré mon extrême gourmandise, je réussissais quand même à perdre quelques kilos, et à imaginer, l’été venu, enlever mes vêtements sur la plage. De là à oser aller jusqu’à l’eau, non, faut quand même pas exagérer, le bronzage sur la serviette de bain c’est très bien pendant 5 heures d’affilée, on n’a absolument pas chaud ni envie de se baigner de toute façon. Bien sur, pendant ce temps là, ma garce de sœur allait et venait, sautillait guillerette jusqu’aux vagues, faisait des châteaux de sable, courait sur la plage, tout ça sans que le moindre excédent de peau ne vienne ballotter de manière disgracieuse.
Quand, totalement desséchée et dégoulinante de sueur, je me décidais à oser braver le regard des 400 personnes voisines de ma serviette, c’était en comptant sur le soutien compatissant de ma chère sœur qui, sur mes ordres extrêmement stricts, avait pour mission de me suivre à la trace jusqu’à l’eau, camouflant ainsi mon arrière train ramolli. Nous avions également mis au point une variante à cette technique : l’utilisation de la planche de surf en polystyrène avec laquelle ma sœur svelte et bronzée (j’ai oublié de préciser que je suis blanche comme un linge en toute saison…) adorait jouer, comme d’une sorte de paravent protecteur de ma démarche gênée jusqu’à cette p….. de flotte ! Inutile de vous dire à quel point elle se faisait engueuler quand elle ne positionnait pas ladite planche suffisamment dans l’axe prévu et qu’un centimètre carré de ma peau pouvait éventuellement avoir été aperçu par la foule ennemie…
J’ai aussi connu l’immense joie de ne pas avoir été reconnue par mes parents lors d’un retour de voyage en Angleterre. Cet été là, j’avais particulièrement profité de toutes les hérésies locales que sont la bière et la tournée des pubs, sans parler de la cuisine fort nourrissante des otoctones obèses qui m’hébergeaient… Au bout de deux mois, je ressemblais à un hamster déguisé en Obélix, et c’est en franchissant les portiques de l’aéroport en direction de mes parents, que j’ai soudain compris qu’ils ne me remettaient pas ! En plus de mes traditionnels excédents de bagages, je subissais un excédent de poids tout aussi impressionnant. Après avoir perdu la dizaine de kilos qui m’embarrassait, ma mère avait fini par m’avouer que c’était horrible pour une mère de ne pas reconnaître son enfant… (Merci Maman !)
Les années passant, j’ai réussi à rendre leur liberté à toutes les petites cellules graisseuses que je persistais à garder prisonnières de moi même ! Et depuis l’arrivée de ma fille je découvre le bonheur de ne plus me trouver énorme devant le miroir, j’imagine que tout est question de perception et de priorité finalement…
Comments
mais oui je sais!! et je ne cherche même pas à me soigner...
little girl, une planche de surf, ça sert toujours !
Yoyo c'est chiant c'est vrai, mais avec humour c'est tellement mieux! (non? ben oui que chuis bête)
Coucou Anna! mais tu sais tu peux aussi écrire sur le sujet, je crois qu'on peut en parler des heures !